Il court, il court Sarkozy...
Le Président de la République, chef des armées, garant des institutions charpentées par le Général de Gaulle et Michel Debré, aime courir. Beaucoup. En tout lieu. Avec n'importe qui. A toute heure. Matin, midi ou soir. Avec le Premier ministre ou tout autre accolyte. Au bois de Boulogne, à Brégançon ou à la campagne. Il n'arrête pas. Il se dépense. Il sue. Il allonge la foulée. Il bat le pavé. Il court. Encore et encore. Sans s'arrêter. Toujours plus.
Tant impressionnant que cela paraisse aux yeux d'une France sous le charme des prouesses herculéennes de notre Président, les experts de la course à pied sont unanimes : Nicolas Sarkozy court mal. A maintenir une foulée telle que la sienne, le Président sera bientôt sous la coupe d'une tendinite aigüe. Et, loin s'en faut, ses capacités physiques ne sont pas exceptionnelles. Il court, certes, mais lentement. Son pas est lourd. Ses foulées sans souplesse. Son effort trop intense comme en témoigne l'eau qu'il évacue.
Au delà du charme de la chose, courir renvoie, certes, à une image dynamique, d'un homme athlétique qui met en valeur les atouts physiques du sujet qui se livre à tant d'efforts, il conviendrait de s'interroger sur les enjeux de ce nouveau style de présidence imposé dès le 16 mai.
Je ne suis pas convaincu que cette américanisation larvée introduite par un personnage qui ne parle pas un traitre mot de la langue de Shakespeare, sanctionné par un 10/20 -sa meilleure note- au baccalauréat -obtenu au rattrapage- soit le meilleur remède pour une France désincarnée, sans Dieu, en perte de repère, bousculée par des réformes venant de l'étranger, sans réelle figure de chef symbole d'une autorité tirée de la légimité d'élections non manipulées par les médias et les puissances d'Argent.
Qu'apporte de bon Forrest Gump ? Je cherche. Je ne trouve pas grand chose. Il court. Se déplace. Parle. Promet. S'agite. Et puis ? L'efficacité -avec laquelle il veut renouer (l'a-t-il jamais été place Beauvau ?)- pour l'efficacité ne contribue pas au bonheur de la communauté nationale aurait dit Saint Thomas D'Aquin, ne contribue pas au Bien Commun. La rupture, certes, peut être bonne mais pas le clientélisme politique d'un personnage dont le slogan de campagne "Ensemble, tout devient possible" annonçait le triomphe des intérêts particuliers. La nouvelle "façon de faire de la politique" promise par le joggeur du Bois de Boulogne fait peur. Terrifie. Une courte étude du gouvernement qu'il a lui-même formé prouve, au contraire, qu'il ne s'entoure certainement pas des meilleurs pour conduire autrement les affaires de la Nation. Mais précisément des ambitieux, des arrivistes, des opportunistes, des traîtres.
L'ouverture sarkozyienne à gauche n'est pas autre chose que du racolage politique. Pur et simple. Je pensais que le pays avait touché le fond avec le Lourdais -"Douce Ecstasy" !- garant de l'image de la France sur la scène internationale. Mais non. Ce n'est rien avec le nouveau Ministre du quai d'Orsay. Le choix de Bernard Kouchner aux Affaires Etrangères sonne le triomphe du sentimentalisme humanitaro-people dans l'action diplomatique tricolore, préféré à cette bonne vieille -quoique criticable- Realpolitik bismarckienne elle-même inspirée de l'action de Metternich au XIXème siècle débutant -quand on sait que c'est la guerre prusso-italienne de 1866 contre l'Autriche-Hongrie qui en est en partie à l'origine, on peut comprendre le choix de Kouchner par un président dans l'aïeul a combattu contre la France en 14 !
Mais ce n'est pas le point le plus problématique.
Car le plus inquiétant dans ce mouvement reste les liens entre un pouvoir tout puissant et le monde de l'information. Sorte de sous-Berlusconi parce-qu'il ne possède des chaînes de TV, le Président cultive plus que jamais ses réseaux dans le monde médiatique. Il recrute Catherine Pégard. Délègue son directeur adjoint de campagne dans l'état-major de TF1. Dîne avec Christine Ockhrent. Cultive des liens très personnels avec Martin Bouygues, etc. S'il est un personnage, qui, en France, doit être au dessus des alliances particulières, des amitiés personnelles, des pactes secrets, c'est bien le Président de la République théoriquement indépendant des partis, des coteries et des chapelles plus ou moins occultes qui tentent d'asseoir leur influence sur le régime.
Où va le pays ? Vers quoi se dirige-t-il ? Pourquoi tant de reniement ? Pourquoi cette fascination pour la superficialité, la communication, le luxe, le fric, les apparences, la virtualité accomodante plutôt que la réalité dérangeante ? Pourquoi l'illusion ? La France a une âme. Elle est une réalité. Un vieux pays, une vieille patrie. Jean-Paul II, dans Mémoire et identité, explique que la patrie n'est pas autre chose que l'héritage reçu de nos pères fructifié au fil du temps : que fructifie Sarkozy ?
Nous avons une histoire, une très longue histoire qui remonte au baptême de Clovis en 496 jusqu'à 2007. Cinq ans ne sont qu'une goutte d'eau dans un océan de patrimoine. Mais cinq ans peuvent profondément altérer des traditions, des pratiques, un esprit. Une culture.
"La France a connu pire". Elle se relèvera.