La crise ouverte par le non français au référendum du 29 mai 2005 serait-elle close ? S'il est trop tôt pour répondre affirmativement à cette question puisqu'il faut attendre que le texte soit ratifié par les parlements nationaux -soit par référendum ou par un vote direct des parlementaires-, on peut se réjouir de savoir que les 27 sont parvenus à un accord -c'est bien, selon un enseignant de mon école, un mystère de la Divine Providence- sur le défunt TCE amendé de nombreux articles. Mes convictions "européennes" sont telles que j'en serais presque à féliciter le Petit Prince de cette idée qu'on lui a soufflé. S'il est exagéré de croire que le Petit Prince a "sauvé l'Europe", et mis à part la poursuite sur le principe de la construction européenne, on peut légitimement demander si ce texte, qui n'est pas autre chose que la Constitution amendée -pourtant rejetée par les Français et les Néerlandais-, va dans le sens de la promotion d'une véritable démocratie européenne incarnée ou non dans une république fédérale -ou confédérale. Devant les impératifs de définir ce qu'est l'Europe, et, par conséquent, les Européens, les frontières de l'Europe, spécifier les valeurs aptes à porter dans un projet politique commun les aspirations des citoyens, ce mini-traité est décevant, puisque loin de faire avancer l'Europe politique et de promouvoir une culture commune -alors que l'on a retiré les symboles supranationaux-, il ne s'agit que d'un texte juridique permettant de dépasser le cadre devenu étroit du Traité de Nice, un texte qui consacre l'Europe technocratique, une démocratie procédurale, un texte qui ne répond pas au problème de la légitimité des institutions européennes, un texte décevant et tuant ou reportant -il faut rester optimiste- l'espoir d'une Europe plus humaine, sociale, l'espoir d'une Europe citoyenne. L'Europe que j'attends n'est pas une Europe fondée uniquement sur le marché et la démocratie. Mais une démocratie européenne.
Que d'événements l'actualité nous a réservé tout au long de ce mois d'août, habituellement un mois plutôt calme. Décès en pagaille, cyclones, incendies, attentats, crise financière, conseil des ministres décentralisé -!!!!!!!-, autant d'éléments que je me suis interdit sinon d'analyser du moins de commenter. Décidé à rester silencieux, et, je le reconnais, en panne d'inspiration au mois de juillet, c'est donc silencieusement que j'ai suivi l'actualité, jusqu'à, parfois, la vivre directement...
Comprenne qui pourra.
Me voilà donc de retour, encore que je n'ai guère pris de congé coincé comme je l'étais à Paris, la plume taillée, l'esprit alerte, prêt à reprendre mon activité, mes habits préférés à mi-chemin du journaliste raté et du pseudo intello qui s'encombre le crâne de lectures assez ardues.
Pendant tout le mois d'août, ce blog ne fonctionnera plus. Chers lecteurs, à bientôt !!
Qui a dit la phrase suivante ?
"S'il devait y avoir un jour un gouvernement du monde, Constantinople en serait la capitale"
Allez, cherchez un peu !
"J'ai la conviction que notre génération saura créer les institutions et les règles d'une démocratie planétaire ouverte et solidaire." Jacques Chirac (21/05/03)
"L'ONU doit aller vers un gouvernement mondial." Jacques Delors
"La Globalisation de l'activité économique exige, pour en récolter les fruits comme pour en maîtriser les excès, une globalisation équivalente des politiques. Il ne saurait y avoir d'économie mondiale sans régulation mondiale. A problème global, réponse globale : voilà la réalisme auquel nous invite le XXIe siècle." Lionel Jospin (Le Nouvel Observateur n°1766)
"Je ne suis ni d'Athènes, ni de Corinthe, je suis citoyen du monde." Socrate
"Je suis un patriote de l'humanité. Je suis un citoyen du monde." Charlie Chaplin
"À moins qu'un gouvernement mondial ne soit rapidement constitué et n'entre efficacement en action, tout l'avenir de l'humanité est sombre et incertain." Winston Churchill
"Le droit même de vivre ne nous est donné que si nous remplissons notre devoir de citoyens du monde. Le nationalisme n'est pas la plus haute conception. La plus haute conception est la communauté mondiale." Gandhi
"Un monde uni ou le néant." Albert Einstein
Extraits de ma lecture de La Fièvre hexagonale, M. WINOCK, Le Point, 2002.
"Je croyais avoir affaire à un connétable de France, je n'ai trouvé qu'un capitaine de Gendarmerie" Mac Mahon au Comte de Chambord, le 9 novembre 1873.
"Il ne s'agit pas de religion, il s'agit de politique; on fait brèche à l'Etat au nom de la religion. Ceux qui mènent l'assaut contre les instutitions sont à la tête des associations catholiques [...] Il y a une chose qui, à l'égal de l'ancien régime, répugne à ce pays, c'est la domination du cléricalisme. Je ne fais que traduire les sentiments du peuple de France en disant ce qu'en disait mon ami Peyrat : le cléricalisme, voilà l'ennemi !" Gambetta, le 4 mai 1877, à la Chambre.
"Le catholicisme, c'est là l'ennemi !" L'ami Peyrat, en janvier 1876, pendant la campagne électorale de la chambre dissoute par Mac-Mahon.
"Vous êtes le gouvernement des prêtres, et le ministère des curés !" Gambetta au ministre de l'Intérieur Fourtou, à la Chambre, le 16 juin 1877.
"Nous marcherons tous chacun avec notre étendard, les royalistes avec le lys, nous avec l'aigle, les orléanistes avec le coq. C'est ainsi que du temps des croisades, chaque nation venait, sous ses étendards particuliers, combattre l'ennemi commun." Paul de Cassagnac, journaliste au Pays.
"Je ne saurais obéir aux sommations de la démagogie. Je ne saurais ni devenir l'instrument du radicalisme, ni abandonner le poste où la Constitution m'a placé." Mac Mahon, le 1er octobre 1877.
"On dit que nous avons inventé le spectre clérical; je n'ai jamais attaqué ni la religion ni ses ministres quand ils se sont renfermés dans leur domaine religieux, moral; mais j'ai combattu et je combattrai les hommes qui veulent faire un instrument de domination et de règne de ce qui ne devrait être qu'un moyen de consolation et d'assistance." Gambetta
"Nous avons dit : le cléricalisme, voilà l'ennemi ! Il appartient au suffrage universel de répondre, en appelant le monde à contempler son ouvrage : le cléricalisme, voilà le vaincu !" Gambetta, le 9 octobre 1877, avant la victoire des Républicains par 326 députés contre 207 pour la Droite.
"L'Etat moderne est foncièrement anti-chrétien". Bernanos
Le Président de la République, chef des armées, garant des institutions charpentées par le Général de Gaulle et Michel Debré, aime courir. Beaucoup. En tout lieu. Avec n'importe qui. A toute heure. Matin, midi ou soir. Avec le Premier ministre ou tout autre accolyte. Au bois de Boulogne, à Brégançon ou à la campagne. Il n'arrête pas. Il se dépense. Il sue. Il allonge la foulée. Il bat le pavé. Il court. Encore et encore. Sans s'arrêter. Toujours plus.
Tant impressionnant que cela paraisse aux yeux d'une France sous le charme des prouesses herculéennes de notre Président, les experts de la course à pied sont unanimes : Nicolas Sarkozy court mal. A maintenir une foulée telle que la sienne, le Président sera bientôt sous la coupe d'une tendinite aigüe. Et, loin s'en faut, ses capacités physiques ne sont pas exceptionnelles. Il court, certes, mais lentement. Son pas est lourd. Ses foulées sans souplesse. Son effort trop intense comme en témoigne l'eau qu'il évacue.
Au delà du charme de la chose, courir renvoie, certes, à une image dynamique, d'un homme athlétique qui met en valeur les atouts physiques du sujet qui se livre à tant d'efforts, il conviendrait de s'interroger sur les enjeux de ce nouveau style de présidence imposé dès le 16 mai.
Je ne suis pas convaincu que cette américanisation larvée introduite par un personnage qui ne parle pas un traitre mot de la langue de Shakespeare, sanctionné par un 10/20 -sa meilleure note- au baccalauréat -obtenu au rattrapage- soit le meilleur remède pour une France désincarnée, sans Dieu, en perte de repère, bousculée par des réformes venant de l'étranger, sans réelle figure de chef symbole d'une autorité tirée de la légimité d'élections non manipulées par les médias et les puissances d'Argent.
Qu'apporte de bon Forrest Gump ? Je cherche. Je ne trouve pas grand chose. Il court. Se déplace. Parle. Promet. S'agite. Et puis ? L'efficacité -avec laquelle il veut renouer (l'a-t-il jamais été place Beauvau ?)- pour l'efficacité ne contribue pas au bonheur de la communauté nationale aurait dit Saint Thomas D'Aquin, ne contribue pas au Bien Commun. La rupture, certes, peut être bonne mais pas le clientélisme politique d'un personnage dont le slogan de campagne "Ensemble, tout devient possible" annonçait le triomphe des intérêts particuliers. La nouvelle "façon de faire de la politique" promise par le joggeur du Bois de Boulogne fait peur. Terrifie. Une courte étude du gouvernement qu'il a lui-même formé prouve, au contraire, qu'il ne s'entoure certainement pas des meilleurs pour conduire autrement les affaires de la Nation. Mais précisément des ambitieux, des arrivistes, des opportunistes, des traîtres.
L'ouverture sarkozyienne à gauche n'est pas autre chose que du racolage politique. Pur et simple. Je pensais que le pays avait touché le fond avec le Lourdais -"Douce Ecstasy" !- garant de l'image de la France sur la scène internationale. Mais non. Ce n'est rien avec le nouveau Ministre du quai d'Orsay. Le choix de Bernard Kouchner aux Affaires Etrangères sonne le triomphe du sentimentalisme humanitaro-people dans l'action diplomatique tricolore, préféré à cette bonne vieille -quoique criticable- Realpolitik bismarckienne elle-même inspirée de l'action de Metternich au XIXème siècle débutant -quand on sait que c'est la guerre prusso-italienne de 1866 contre l'Autriche-Hongrie qui en est en partie à l'origine, on peut comprendre le choix de Kouchner par un président dans l'aïeul a combattu contre la France en 14 !
Mais ce n'est pas le point le plus problématique.
Car le plus inquiétant dans ce mouvement reste les liens entre un pouvoir tout puissant et le monde de l'information. Sorte de sous-Berlusconi parce-qu'il ne possède des chaînes de TV, le Président cultive plus que jamais ses réseaux dans le monde médiatique. Il recrute Catherine Pégard. Délègue son directeur adjoint de campagne dans l'état-major de TF1. Dîne avec Christine Ockhrent. Cultive des liens très personnels avec Martin Bouygues, etc. S'il est un personnage, qui, en France, doit être au dessus des alliances particulières, des amitiés personnelles, des pactes secrets, c'est bien le Président de la République théoriquement indépendant des partis, des coteries et des chapelles plus ou moins occultes qui tentent d'asseoir leur influence sur le régime.
Où va le pays ? Vers quoi se dirige-t-il ? Pourquoi tant de reniement ? Pourquoi cette fascination pour la superficialité, la communication, le luxe, le fric, les apparences, la virtualité accomodante plutôt que la réalité dérangeante ? Pourquoi l'illusion ? La France a une âme. Elle est une réalité. Un vieux pays, une vieille patrie. Jean-Paul II, dans Mémoire et identité, explique que la patrie n'est pas autre chose que l'héritage reçu de nos pères fructifié au fil du temps : que fructifie Sarkozy ?
Nous avons une histoire, une très longue histoire qui remonte au baptême de Clovis en 496 jusqu'à 2007. Cinq ans ne sont qu'une goutte d'eau dans un océan de patrimoine. Mais cinq ans peuvent profondément altérer des traditions, des pratiques, un esprit. Une culture.
"La France a connu pire". Elle se relèvera.
Hier après-midi, la Société des Rédacteurs du Monde votait contre la reconduction de Jean-Marie Colombani à la présidence du directoire du groupe. Ainsi s'achèvent treize années de règne à la tête du journal fondé par Hubert Beuve-Méri et du groupe à 900 millions d'euros de chiffre d'affaires qui avait racheté les éditions de la Vie catholique. Je lis partout qu'il a changé le Monde. Certes. Site internet le plus fréquenté, entre autres. Mais le journal a aussi enregistré une perte de 19% de parts de marché sous sa direction. Et c'est également sous sa responsabilité que le "légendaire" quotidien a rencontré de nombreuses tempêtes médiatiques et judiciaires dont la plus récente et virulente fut sans conteste l'ouvrage -excellent- de Pierre Péan, la Face cachée du Monde, paru au printemps 2002. A titre personnel, j'ai détesté l'engagement "royaliste" de la rédaction, en tout cas, de Jean-Marie Colombani lors de la toute dernière campagne présidentielle, après que le PDG ait appelé au respect du bipolarisme politique dans une charge larvée en direction de François Bayrou et de son expérience intéressante. La tentation du désabonnement passée, j'espérais que le PDG ne serait pas renconduit dans ses fonctions. Mon voeu a été exaucé. Alain Minc -responsable du conformisme de la ligne éditoriale selon Edwy Plenel-, qui, hier à la une des Echos, appelait encore à une reconduction de JMC, expliquait dans les colonnes du Monde, il y a quelques mois, qu'au choix d'un journaliste issu de la rédaction serait préféré un financier qui gérerait le journal et ses filiales comme une entreprise : pensait-il à lui-même ? si les journalistes ne voulait plus du potentat corse. Quel avenir, maintenant ? Comment sera la suite ? Que deviendra le Monde ? Quelle sera son identité ? Evoluera-t-il davantage en direction d'une ligne libérale ou conservera-t-il une ligne grossièrement sociale-démocrate ? Continuera-t-il d'être géré comme un journal ou deviendra-t-il une entreprise mue par la recherche de l'unique rentabilité ? Un impératif urgent pour l'abonné de 3 ans que je suis : rompre avec ce conformise journalistique pour la recherche d'une plus grande audace éditoriale. Je suis sûr, alors, que le Monde récupérera les parts de marché perdues...
Hier, à douze heures, Jacques Chirac n'était plus président de la République. Nicolas Sarkozy prenait possession du 55, rue du Faubourg Saint Honoré et entérinait, par la même occasion, du haut de son mètre soixante, son mandat présidentiel tandis que le tout nouvel ex-Président de la République rangeait sa grande carcasse dans la voiture qui l'attendait à la fin du tapis rouge barrant la cour de l'Elysée sous les applaudissements chaleureux de Français triés sur le volet. Hier, douze ans de chiracquisme, ouverts par la victoire de 1995, se sont -enfin- clôts, ce terrible quinquennat secoué par plusieurs événements marquants prenait fin sur le perron du palais de l'Elysée. Au même moment, une aspiration au changement envahissait le coeur de votre serviteur après le culte du statu quo, tandis qu'il écoutait en différé le premier discours prononcé dans le salon officiel par Nicolas Sarkozy. Chômage élevé, croissance atone, échec du TCE, banlieues en feu, affaire du CPE, autant de points sur lesquels le Président Chirac a misérablement échoué. Les quelques moments de gloire -non à la guerre en Irak, reformatage des Armées- ne parviennent pas à occulter la mollesse de cette présidence. En prenant un peu de recul, comment pouvait-on croire qu'un Président de fibre radical-socialiste, piégé par une dissolution précipitant la nation sous la cohabitation et élu, en 2002, comme un dictateur inspirerait la thérapie de choc dont le pays a besoin alors qu'il tirait en partie sa légitimité des suffrages de cette Gauche conservatrice, frileuse, rigide, repliée sur les avantages sociaux, les acquis ? "Cela m'oblige" disait Jacques Chirac au soir de sa réelection. L'oblige à quoi ? Qu'a-t-il fait ? Pire que la "valse" de Balladur, un pas en avant, deux en arrière, la "valse" de Chirac consacre l'immobilisme politique, une manière de gouverner qui peut se révéler très néfaste, dans une France désabusée et partagée entre une Gauche archaïque, un Centre inexistant et une Droite complexée par son passé vichyste -en tout cas, jusqu'à la victoire de Sarközy et la refondation idéologique de l'UMP. Il était temps que s'achève ce mandat monarchique au profit d'un autre, qui, s'il peut partager le peuple quant à la personne, ne fait aucun doute quant aux promesses engagées par celui qui revêt les habits cousus mains par le Général de Gaulle et Michel Debré en 1958...
C'est vrai qu'il y a eu pas mal de catastrophes! read more
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